Comment récupérer d’un traumatisme

Il est important de «réactiver l’autorégulation du corps.

Bessel van der Kolk, professeur de psychiatrie à la Boston University, fondateur du Trauma Center de Boston, vient de publier Le corps n’oublie rien. Le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme (Éd. Albin Michel).

LE FIGARO. – Quels signes doivent amener à diagnostiquer un psychotraumatisme?

Bessel VAN DER KOLK. – Les plus évidents apparaissent rapidement après que la personne a été exposée à un événement horrible bouleversant ses mécanismes adaptatifs. Cela entraîne de l’agitation, des insomnies, des cauchemars, d’intenses réactions à la surprise, de la détresse et une incapacité à gérer des relations complexes. De nombreuses personnes montrent aussi un engourdissement psychique et une inhibition des émotions alternant avec les souvenirs intrusifs et envahissants.

Ces symptômes sont-ils durables?

Tous ces symptômes peuvent persister pendant des années et, avec le temps, semblent dissociés de l’événement traumatique d’origine, car les troubles se manifestent au quotidien. Les proches, les collègues et souvent les médecins eux-mêmes estiment alors que la personne est «grincheuse», difficile à approcher, une antisociale chroniquement en colère et anxieuse. À ce stade, la psychiatrie dispose de nombreuses étiquettes pour qualifier la pathologie rencontrée, mais toutes passent à côté du fait que ces comportements et émotions sont les résidus d’un choc provoqué par d’anciennes expériences qui continuent à colorer la vie présente.

Le sentiment d’impuissance éprouvé lors de l’événement traumatisant est-il particulièrement destructeur?

Oui, sur un plan psychologique, la détresse est l’élément central du processus traumatisant. Mais celui-ci affecte de nombreuses aires du cerveau dédiées à la régulation corporelle, à l’attention et à l’autorégulation. Une des nombreuses manifestations de ces effets neurobiologiques est le déséquilibre chronique au niveau physique: les personnes traumatisées ont un taux supérieur de maladies gastriques et cardiaques. Le traumatisme perturbe le système immunitaire, et les individus régulièrement exposés ont une espérance de vie inférieure de dix ans à celle d’individus non exposés.

Comment combattre de tels effets?

«La meilleure protection des êtres vient d’un environnement soutenant, conscient de la réalité de ce qui leur est arrivé et qui les pro­tège activement.»
Bessel van der Kolk

Le terme de «combattre» sonne bizarrement dans un tel contexte. Quand le cerveau, le corps et l’esprit sont bouleversés par l’horreur d’être agressés et terrorisés, la meilleure protection des êtres vient d’un environnement soutenant, conscient de la réalité de ce qui leur est arrivé et qui les protège activement. Heureusement, parmi les découvertes innombrables que nous avons faites concernant le rétablissement d’un psychotraumatisme, il y a ce fait que le corps possède ses propres mécanismes d’autorégulation, qu’on peut réactiver grâce à la respiration, le mouvement, l’activité physique et le toucher. Nous avons découvert par exemple que le yoga, vénérable tradition ancestrale qui apprend à réguler ses fonctions corporelles, est plus efficace que la plupart des médications prescrites dans le traitement du stress post-traumatique. Et en général, certaines techniques telles que les arts martiaux, le tango ou le qi gong se révèlent très efficaces dans le traitement du stress post-traumatique pour restaurer un sentiment de pouvoir, de force et d’efficacité physiques.

Qu’en est-il de la pratique de la méditation?

C’est une merveilleuse méthode qui permet de devenir conscient et de gagner en maîtrise sur des processus internes envahissants. Diverses études ont montré que la partie observatrice du cerveau – le cortex préfrontal médian – est directement connectée à la zone cérébrale qui reste en état d’alarme par rapport à sa survie. Les limites concernant la méditation, c’est que se tenir tranquille, en observant ce qu’on vit dans le silence, peut être une expérience extrêmement terrifiante pour ceux qui ont subi un traumatisme.

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